jeudi 18 février 2016

Suite appétisante

Extrait 2 :

Je débutais avec la France, le pays dit le plus gastronomique et y trouvais du foie gras accompagné de fromage et d'un pain tout à fait surprenant. Mon palais était conquis, mais mon estomac n'en était pas pour autant rassasié. C'était certes bon, mais la saveur d'un repas magnifique et parfait n'avait pas cette sensation de regrets, comme si j'en voulais encore. Et malheureusement, une portion seulement suffirait largement à taire cette faim si la cuisine valait mes attentes. Ensuite, ce fut l’Espagne, où tapas et festival de douceurs uniques m’entraînaient dans une danse endiablée de ce pays chaud et magique. Mais cette même impression, cette amertume...mon esprit me dictait que ce n'était toujours pas le bon, pourtant j'inscrivais avec soin chaque repas qu'il m'était donné de découvrir dans ces différents et succulent pays. De l’Amérique à l’Asie, de l’Australie à la Russie, passant par le Japon et leurs poissons drôlement ajoutés aux algues séchées, à l’Italie et ses pâtes fulgurantes. Lors de mon grand périple où mes notes prenaient des pages et des pages pour exprimer ces plats typiques et fabuleux, je restais paisible et attendais d'enfin pouvoir affirmer au monde entier, ce qui était le gourmet voué à une perfection sans égale. La presse s'intensifiait de jour en jour, mon cœur se serrait à chaque déception alors que les choix des meilleurs cuisiniers étaient dignes de restaurants quatre étoiles. Mais comment effacer ce vide en moi d'une profonde et intense gourmandise ? Comment laisser ce sentiment d'impatience refouler à chaque heure passée sans obtenir les réponses exactes à mes questions ? Aujourd'hui, j'allais en Afrique, c'était peut être par simple respect ou bien pour remplir un peu plus ce cahier de désolations. Il faisait si chaud, j'avais ce fardeau qui pesait sur mes épaules et dont je ne pouvais me défaire . Ce monde comptait sur moi, l’univers de la cuisine se jouait sur une seule personne qui était l'unique et véritable cuisinier capable d'un tel exploit. Lorsque j'arrivais enfin à un village, les habitants étaient peints magnifiquement par des traces rouges et de toutes les couleurs sur la surface de leur corps. Un homme se précipita sur moi et me sourit de toutes ses dents. Il me présenta ensuite à son chef alors que j'essayais d'expliquer ce que j'attendais d'eux. Celui-ci tenait fermement un bout de bois, comme un jugement il me tendit l'objet sans crainte ni colère. Il était pur, aussi fort et d'une présence frappante. Je me sentis soudainement en totale confiance avec cet être que je ne connaissais pas et qui, pour moi, relevait de l'inconnu. Je m'aventurais sur des terres qui m'étaient étrangères, les souillais alors que, bien entendu, ce que je cherchais n'était pas dans ce pays si pauvre et emporté par l'angoisse d'un avenir incertain. L'homme avait des yeux perçants, je le savais sonder mon âme, comprendre d'un simple regard toutes mes attentes et mes convictions. Comme compris, je le suivis dans sa petite maison faite de chaume et de torchis. À l'intérieur, des dessins tels ceux de l'époque préhistorique me ramenèrent à une réalité bouleversante. Que faisais je ici ? Pourquoi étais je venu ? Il ne faisait aucun doute que mon plat que je désirais tant n'était pas en ce lieu, m’appelant ailleurs par son odeur de cuisson enivrante. Pas de cuisine, pas de four, pas de dessert ou de produit me rappelant le chocolat ou les épices...tout cela, ils ne l'avaient pas, ils ne le connaissaient pas. Le chef me demanda de m’asseoir, ce que je fis aussitôt alors qu'il prenait place devant un grand sac rempli de graines. Il balbutia, d'une voix frêle, presque trop forte alors que ses cordes vocales tremblaient et donnaient un ton chantant à ses paroles :
- ici, mon enfant, je ne peux pas te donner ce que tu recherches. Je te souhaite de le trouver mais avant, il te faut goûter à ce que nous sommes réellement. À ce que nous humains avons de plus cher. Cet appétit nous vient d'une gourmandise simple et bénéfique. ( il s'approcha de moi après avoir pris soigneusement une graine entre toutes les autres, au creux de sa main blessée par le travail au sein de son village. Il s'agenouilla devant moi, et me fixa de ces yeux qui représentaient la vie et la connaissance en même temps. Je me voyais à travers lui, je me percevais dans ses yeux meurtris et emplis de souffrance humaine.) Mon enfant, mange cette graine et soit rassasié. Recouvre la vérité, sent cette terre, notre mère nourricière qui nous accompagne dans notre vie par ses offrandes. Perçoit les battements de son cœur et sa chaleur, son amour et sa force. Mon frère, rien n'est égal à la source même de nos désirs gourmands lorsque nous plongeons dans la vérité absolue et...( il me tendit la graine alors que j'ouvrais délicatement la bouche afin de la recevoir ) unique !

                                                                                ( à suivre ) 

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